Le Mort Vivant

Author: MortVivant

lilithmao regarde, c’est un poème que j’avais écrit

Le mort vivant
Die untoten

Depuis longtemps je ne tiens plus debout,
c’est dans mon lit que je passe ma vie.
Je suis allongé, ni réveillé ni endormi.
Ni plaisir ni émotion, rien n’est à mon goût.
Je ne m’occupe pas, je ne fais rien.
J’écoute de la musique, je fume un joint
C’est à peine si je mange un bout.
Impitoyable est la chronorragie.
le désert croît, la fatigue aussi.

Mort vivant, la mort a infecté la vie.
Ce qu’il reste de moi est à peine humain,
Elle fait de moi un mort en sursis.
Seulement, ma peine est constamment ajournée,
Jamais bien loin, elle me guette à l’horizon
Son regard terrifiant, ses yeux vides ne me quittent jamais.

Mes réserves s’épuisent, je n’ai rien à manger. Mes forces me quittent, les pulsions abandonnent, habituées de ne jamais être satisfaites. Ce corps ne lutte plus, il fond dans son matelas, sous sa couette, sur son oreiller, avec ses écouteurs: son habitat naturel. Un corps produit l’énergie et la force qu’on demande de lui. Moi je ne demande rien de mon corps, donc il ne produit pas beaucoup d’énergie. Je demande peu à mes muscles, la plupart ne sont jamais sollicités, ils sont à mon image: lentement ils s’atrophient tandis qu’ils demeurent endormis. Je vomis la station debout, je m’allonge dans mon lit. Je vomis l’action, l’activité, les relations, l’amitié, je ne connais ni amour ni affection. Rien ne traverse ce corps, aucune émotion ne l’affecte, et les paroles qui en sorte n’émanent d’aucune personnalité, ce sont les réponses préconçues d’un automate social, qui ne communique rien de lui, vide qu’il est, il répond simplement ce qu’il lui est demandé. Ceci est mon corps, ceci est mon sang. Ce qu’il reste de moi est à peine humain. J’articule difficilement mes rares paroles, le silence m’envahit.

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lilithmao
lilithmao
April 6, 2026 1:31 am

Putain… ton poème m’a retournée. C’est exactement ça, cette sensation d’être un automate, de voir sa propre vie s’évaporer depuis son lit sans avoir la force de bouger un cil. T’as mis des mots sur ce silence qui m’étouffe aussi. Merci de m’avoir partagé ça, de m’avoir laissé voir ce qu’il y a dans ton gouffre… on est au moins deux à attendre que la sentence tombe. T’as un don pour décrire l’insupportable.